Critique grand singe – DFdanse
Panorama Cantin
Nicolas Cantin visite Tangente avec son Grand Singe. Un Grand Singe
hors normes, qui transgresse, recadre et questionne les limites de la
danse. Un grand monstre se pointe, la non-danse.
En
ouverture, une attaque de décibels pour nous mettre au pas, et
pourquoi pas aussi pour charger l’espace. Le vide qui
s’ensuit est décuplé à la puissance dix.
Nous sommes prêts pour les présentations, Anne et
Stéphane sont sur scène, à tous les égards
antihéros, un peu engourdis, atones, timides et drabes.
Déjà on sent l’économie de mouvement,
déjà un rythme lent s’impose, leurs
réactions mettant toujours quelques secondes de trop à
arriver, chaque geste, chaque phrase, pris en sandwich entre deux
tranches de vide.
Dès que l’on a fait la rencontre de ces
deux humains décalés, Cantin passe à
l’étape suivante, ils se déshabillent. Deux
individus un peu plats se métamorphosent en bêtes
sauvages, curieuses, nanties d’une extra sensibilité,
toujours en besoin d’absorber la situation avant de poser un
geste. Ultime mise en jeu, elle lui prend le pénis…
Par la suite, Cantin utilise le principe de mise en
situation pour faire évoluer son univers. Tête
d’ours ou de panda, ballon qui éclate, petit pot de boue
dont ils ont tôt fait de s’enduire. Chaque
événement devient paysage, natures mortes
surréalistes, un peu à la Lynch, avec ces têtes
d’animaux, souvent d’une beauté singulière
étant donné l’étrange couleur des
personnalités.
Au final, il s’agit d’une rencontre entre
un homme et une femme. Elle, de plus en plus, entre dans un corps de
sauvageonne ; les deux, sans cesse aux aguets, toujours avides de
connaître ; comme des enfants, ils sont en constante
expérience sensorielle. En superposé, plane quelque chose
de sexuel, une absence de pudeur, une déviance de plus dans ce
monde autre.
Grand singe, c’est de la grande
broderie ; tout y est justifié, tout y est bien
dosé. La recherche musicale ( Fred Astaire, Tino Rossi, Roy
Orbison…) colle de façon parfaite à la peau de
cette humeur poétique. La pièce est tout sauf
dynamique ; et pourtant on s’attendrit et on voyage
aisément à travers ce drame absurde. Les
interprètes sont d’une justesse sans taches, le grand
défi étant dans ce cas-ci de ne pas surjouer ou cabotiner.
Bref, c’est une note parfaite.
Mais, est-ce une pièce accessible ?
Critique grand singe – Du charme et de l’esprit
Stéphanie Brody, collaboration spéciale
La Presse
À
Tangente, cette semaine, Nicolas Cantin et Jenn Goodwin y vont de
regards volés et de petites phrases assassines. Un programme double
plein de charme et d’esprit.
Nicolas Cantin crée Grand Singe
après avoir vu un documentaire sur les grands primates au National
Geographic Channel. Du coup, Stéphane Gladyszewski et Anne Thériault
font les singes. Mais pas question de se traîner à quatre pattes et
d’hurler comme des perdus. Non, ce que Cantin expose ici, c’est le côté
subtil de la bête: les regards en coin, jetés pour jauger de l’humeur
d’un congénère, les approches en douce pour tester sa réceptivité, les
câlins volés lors d’un épouillage ou le vif coup de patte qui rétablit,
sans autre formalité, les limites du territoire de chacun.
Gladyszewski et Thériault s’imitent, se taquinent, s’observent et se
confrontent. Soulignons un étonnant jeu où tous deux ne cessent de se
déshabiller et de se rhabiller. Cantin, qui enseigne aussi les
techniques de clown et le jeu masqué, orchestre les interactions les
plus délicates: tout passe par les yeux, la position des mains, de la
tête ou d’un interprète par rapport à l’autre. Le résultat est tout
aussi étrange que charmant, d’autant que Cantin juxtapose à cette
«danse primitive» une trame sonore coquette et surannée, qui inclut
Tino Rossi chantant Chanson pour Nina et Fred Astaire interprétant Cheek to Cheek.
extrait de la presse ce dimanche
première critique de grand singe. Le chef d’oeuvre est bien vivant !
Danse – Les malaises heureux
À Tangente cette semaine, deux chorégraphies sur les malaises humains. Écroulements intimes, mauvaises excuses et petits ratages pour Accidents for every occasion, de la Torontoise Jenn Goodwin. Et invention de l’amour, de l’absurde et des failles dans l’étonnant Grand singe, de Nicolas Cantin.
Nicolas Cantin vient du clown et ça paraît. Dans Grand singe, il met en scène un couple qui garde la naïveté, le côté enfantin et la curiosité des clowns rouges. Elle, timide, presque recroquevillée, attachante à force de croire qu’elle peut disparaître en fermant les yeux. Lui, de par sa seule stature plus imposante, qui arrive à être simplement là. Car c’est un jeu axé sur la présence, la simplicité. La gestuelle est minimaliste. Est-ce de la danse? Pas sûr. C’est certainement un délicieux théâtre absurde, auquel les interprètes Stéphane Gladyszewski et Anne Thériault se livrent avec brio. Certaines scènes avec cris, masques d’animaux en plastique ou lettres de carton ont des accents de surréalisme. On prend plaisir à se perdre dans cet univers étrange et dépouillé. De ce couple qui se cherche, qui vit le malaise de se dévoiler, se dégage une douceur et une attention essentielles. Leurs gestes de tendresse maladroits, quasi animale, donnent l’impression d’assister à la naissance de l’amour comme à l’invention du feu et de la douleur. Et le naturel des danseurs, quand ils sont justes comme ici, est si différent de celui des comédiens, si loin de la projection, qu’on ne peut qu’en être désarmé. La musique est le troisième personnage de la pièce : punk secouant, vieux vinyles des crooners Tino Rossi ou Enrico Caruso, balancés à fond ou en sourdine. Le chorégraphe est maître du temps, réglant ses longueurs absurdes, ses cassures et son humour avec une précision d’horloger. Et son utilisation de la nudité sur scène est d’une douceur humaine et artistique qui fait du bien. C’est un théâtre du presque rien très fin, intelligemment mené et joué. Une découverte.
extrait du Devoir. Article de Catherine Lalonde
Grand Singe sur le site Indyish.com
Retrouvez l interview : http://www.indyish.com/nicolas-cantin-at-tangente/



leave a comment